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2. L’année 1994

1. 167 titres, dont 115 « nouvelles », auxquelles il faut ajouter 8 autres, dont 4 où « nouvelle » se lit en quatrième de couverture (par exemple : « La nouvelle emblématique de ce recueil », La Folle de Bagnolet, Le Castor Astral, de W. Lewino), et 4 qui s’inscrivent dans une collection de nouvelles (par exemple : Les Dames d’onze heures, « L’Atelier Julliard », de J. Bens) – soit un total effectif de 112 « nouvelles ».

Remarque : « nouvelle » est bien le terme générique, puisqu’il coiffe, à 4 reprises, dans les titres, les autres termes (par exemple : Histoires dérangées, nouvelles, « L’Atelier Julliard », de P. Roze).

 

2. La nouvelle se présente toujours comme un texte qui tourne autour de la dizaine de pages (dans 75 recueils). La brièveté est annoncée dès le titre : Douches, 50 contes, Liège, Dricot, de Fr. Goffaux, Histoires courtes de Cl. Malet, ou par l’appartenance à une collection particulière : « Courts récits imaginaires », chez l’éditeur, confidentiel, Ima Montis (3 titres); le terme d' »historiette » se lit une fois : Historiettes psychologiques de J. Sciarra. D’où à nouveau le nombre élevé de textes : 46 (Contes à rebours, contes et nouvelles, Buchet-Chastel, de G. Baudouin), 80 (Contes courants de E. Gardaz), 102 (En été sur les fleuves, nouvelles, Sierre, de J. Tornay), avec un exemple extrême : 130 (Les Nouvelles du Moulin de J. L. Pelletier).  Les textes longs sont encore l’exception : 94 p. (in L’Ami anglais, Grasset, de J. Daniel), 117 p. (in Les Lendemains d’hier (histoires), Alea éd., de G. Haustrate). Seule voix divergente : celle de H. Guibert (même si son recueil comporte 23 textes courts) : « J’ai écrit des choses de plus en plus longues parce que la longueur, aussi, donne l’illusion de la progression. » (Le Roman fantôme in La Piqûre d’amour et autres textes, suivi de La Chair fraîche, Gallimard, p.129).

Concevoir la nouvelle comme une histoire, telle est la dominante des années 90 : « Ces douze nouvelles racontent l’histoire secrète, intangible, des années quatre-vingt. » (F. Caccia, Golden eighties, nouvelles, Montréal, éd. Balzac), « Et c’est ainsi que finit cette histoire. » (F. Chalumeau, En terres étranges, récits, Genève, Coda, p.102), « J’ai écrit ce livre pour le seul plaisir de raconter des histoires. » (J. Daniel, L’Ami anglais, Folio 2753), « Je n’ai pas choisi d’écrire des romans ou des nouvelles ?…? J’ai choisi de raconter des histoires. » (H. Guibert, ibid.), « Chacune de ces histoires raconte un secret. » (R. Millet,Coeur blanc, nouvelles, P. O. L.) Et plus d’un auteur revient à la formule du cadre chère aux écrivains du XIXe siècle (lors d’une réunion de personnes, l’une d’elles se met à raconter) : « La vingtaine de convives que nous étions regardait avec appréhension les parts de mont-blanc et de tourments d’amour que, par politesse, nous allions devoir ingurgiter, quand Alix, qui jusque-là s’était montré peu disert, avait réclamé notre attention. D’une voix que l’alcool avait éraillée, il prétendit qu’il allait nous régaler d’une histoire tout à fait extraordinaire, et ce, en l’honneur de son benjamin. » (F. Chalumeau, ibid., p.131)

Alors que la nouvelle-nouvelle n’est plus pratiquée, que la nouvelle-instant devient rare, une autre tendance des années 90 est de désigner, de manière tout à fait abusive, par « nouvelle » des textes à la limite du poème en prose, du récit vrai ou intime, de la chronique, etc. : A. R. Casso (Gibernes (propos de popotes), La Pensée Universelle = des souvenirs de la guerre 14-18), N. Devaulx (Visite au palais pompéien, contes, Gallimard : « … ces brèves imaginations, dont le genre est indécis : ?…? poèmes en prose plutôt que contes… »), M. Ghachen (L’Épervier, nouvelles de Mahdâ, éd. S. P. M. : « … ce cimetière de mon enfance », « … ma maison d’enfance », p.63, 85), J. L. Pelletier (Les Nouvelles du moulin = souvenirs et conseils d’un pêcheur à la ligne !). Qu’une telle tendance gagne du terrain, surtout chez les nouvellistes occasionnels, fait perdre à la nouvelle de son identité générique puisque le terme renvoie à n’importe quel champ d’écriture pourvu qu’il soit court. C’est le grand paradoxe de ces années : on n’a jamais autant employé le terme de « nouvelle », mais on ne l’a jamais autant gauchi.

Au rayon particularité, ce sont toujours les mêmes constantes :

  • le jeu sur les termes : Dernières nouvelles de King Kong (Zulma), Nouvelles des Cévennes (Laffont), Dernières nouvelles (Bruxelles, Les Cahiers du Groupe du Roman = le dernier numéro !), Contes courants de Gardaz;
  • les curieux rapports que l’on forge entre roman et nouvelle : G. Haustrate parle d’un « roman d’histoires » (Les Lendemains d’hier (histoires)), A. Sempoux de « roman-nouvelles » (Petit Judas, nouvelles, Bruxelles, Les Eperonniers), H. Guibert de « roman raté » (ibid.), Y. Frontenac s’interroge : « … soit un roman court, soit une longue nouvelle. » (Fureurs de l’ombre, récit, Connaissance des Hommes), E. Roblès rassemble « trois romans courts et deux nouvelles » dans Erica, nouvelles (Seuil);
  • autre constante, depuis le début du siècle, qui retrouve, en cette année, des illustrateurs : les rapports étroits que l’on tisse entre les textes d’un recueil, parce que l’on se propose non plus de rassembler une somme de textes épars mais d’agencer ces textes en un ensemble cohérent, organisé et d’édifier ce que j’ai appelé des « recueils-ensembles », avec cet exemple extrême : « Les récits de ce recueil forment une suite, il serait préférable de les lire dans l’ordre où ils sont présentés », prévient J. L. Curtis (Le Comble du chic, nouvelles, Flammarion); et cette idée d’ensemble court même d’une oeuvre à l’autre : les Nouveaux rendez-vous au métro Saint-Paul (Le Dilettante) de C. Fleishman fait suite aux Rendez-vous au métro Saint-Paul (id., 1992); Le Phare des égarés, nouvelles, La Bartavelle, de Ph. Lacoche, à sa Cité Roosevelt (Le Dilettante, 1993).  Le fait s’explique : n’ayant plus, comme leurs prédécesseurs du XIXe siècle, autant de possibilités de prépublication dans la presse, les nouvellistes composent en quelque sorte leur recueil comme un livre au même titre que les romanciers, comme s’il s’agissait des chapitres d’une seule grande histoire. Que J. Ch. Duchon-Doris (Les Lettres du Baron, nouvelles, « L’Atelier Julliard ») ne se considère pas comme un nouvelliste mais comme un auteur de recueils de nouvelles est révélateur des intentions d’une nouvelle génération : « Je ne pense pas être auteur de nouvelles mais auteur de recueils de nouvelles. » (Harfang, la revue de la nouvelle, hiver 94-95, p.57), « … à y regarder de plus près, je n’ai jamais rédigé de nouvelles. » (« Le Recueil, genre littéraire à part entière », La Nouvelle, c’est l’urgence in La Revue des Deux Mondes, juillet-août 1994, p.151).

 

3. Tonalité grave, cadre réel : ce sont toujours les deux caractéristiques essentielles des nouvelles qui prennent pour sujet :

  • un quotidien ordinaire, une constante mais qui donne peu d’oeuvres intéressantes (à force de faire dans le banal …) : Femmes fragmentées de M. F. Ebokea (L’Harmattan), Scooters, nouvelles de Ph. Lacoche (Ed. du Rocher), La Terre est tendre après les pluies d’orage, nouvelles de Ch. Querré (Coop Breizh – « avant de raconter à mon tour une histoire de Noël, une histoire toute simple. », p.9), Scènes de la vie ordinaire, nouvelles de A. L. Thurler (Genève, éd. Zoé);
  • un quotidien particulier, une constante très pratiquée (on n’est pas loin du singulier : voir ci-dessous) : Main courante, récits de D. Daeninckx (Verdier), La Piqûre d’amour de H. Guibert, Le Rouge et le blanc, nouvelles de J. M. Laclavetine (Gallimard – le vin, piment de la vie), Gremada et autres nouvelles du pays catalan de M. Pinero (Mare Nostrum), Histoires dérangées, nouvelles de P. Roze;
  • un quotidien social, une constante qui n’est toujours le fait que de quelques-uns : En marge de D. Daeninckx (Denoël – « Vous savez à quoi je rêve toutes les nuits ? – Non ?  J’ai écarquillé les yeux. – C’est pourtant simple, monsieur, mourir avec l’eau courante. », p.17), Utê Mûrûmû, petite fleur de cocotier suivi de La Cordylère, On est déjà demain, La Saison des femmes Kanakes, Dos Montes de D. Gorodé (Nouméa), Tante Résia et les dieux, nouvelles d’Haïtide Y. Lahens (L’Harmattan), Dans les rayons de la mort, nouvelles (Rivages Noir – Mendiant orgueilleux, Barbès Blues) de M. Villard;
  • un quotidien actualisé, associé souvent au précédent, une constante en passe de devenir la constante majeure des années 90, qu’il s’agisse de faire référence à des faits culturels, sociaux, à des événements historiques, politiques : D. Daeninckx (les deux recueils), J. Daniel (la guerre 40-44), F. H. Fajardie (Perdre la pause, nouvelles, La Table Ronde – « … c’était en février 1958. », p.83), R. Gordienne (Les Cacous, nouvelles, éd. du Méréal – « … un homme bâti dans le même moule qu’Arnold Schwarzenegger. », p.9), J. Lederer (Mordre le couteau, nouvelles, Flammarion – « C’est dans un cinéma des Champs-Elysées, quelques instants après la première séance de quatorze heures que Régina Wellisch, matricule 77688 (convoi du 13 juillet 1944), tomba nez à nez sur la fille qui l’avait dénoncée dix-sept ans auparavant. », p.157), E. Roblès (la guerre 40-44);
  • le singulier, constante qui produit les oeuvres les plus attractives, en raison de la recherche d’un sujet hors du commun, avec des personnages extravagants, obsédés par une idée fixe : P. Arnaud (L’Oreille aveuglée et autres désordres,nouvelles, Grasset – « Le jour où Mathilde Ledon reçut la visite du vendeur de temps, elle était à cent lieues d’imaginer que son destin emprunterait les voix tortueuses de la tragédie. », p.75 – avec un hommage à Marcel Aymé et Le Passe-Muraille, p.129), J. D. Bredin (Comédie des apparences, O. Jacob – « C’est le jour de ses cinquante ans que Raymonde prit la décision de ne pas mourir. », p.103), N. Devaulx (Visite au palais pompéien, contes – « Voilà les données de l’énigme : mais plus elles se précisent, et plus je désespère d’y voir clair. », p.63), Bosquet de Thoran (La Petite place à côté du théâtre, récits, Talus d’approche), C. Cahen (Le Frôleur, nouvelles, Le Castor Astral), H. Maisongrande (Un Certain 31 février et autres nouvelles singulières, éd. Corbet), Ph. Michaud (Collectionneurs ô fossoyeurs, nouvelles, L. Wilquin);
  • un quotidien sentimental, une constante qui produit toujours autant de textes insipides, avec des exceptions : A. Chalvin (Les Yeux d’Emma et autres nouvelles, Alfil), Fr. Debluë (Entretien d’un sentimental avec son mur, Lausanne, L’Age d’Homme), J. L. Curtis (Le Comble du chic, nouvelles), D. Mainard (Le Second enfant, nouvelles, éd. de La Différence), V. Engel (La Vie malgré tout, confessions-nouvelles, Québec, L’Instant Même), R. Millet (Coeur blanc, nouvelles);
  • au rayon particularité, on notera l’émergence de plus en plus manifeste d’une nouvelle régionale (où se retrouvent toutes les tendances précédentes) : J. P. Cabanes (Etranges histoires d’Occitanie, nouvelles, Nîmes, Lacour – « J’ai voulu écrire ces nouvelles étranges parce qu’en Occitanie la vie me semble plus étrange qu’ailleurs. »), M. Eyrolles (Nouvelles d’Inadieu, Limoges, éd. L. Sonny = la Corrèze, la Dordogne), A. Lacassin (Veillées chez l’oncle Cévenol, Rayon-Alpha), S. de Lapierre (Nouvelles cévenoles et autres. Nocturnes au village, Nîmes, Lacour), Nouvelles des Cévennes (Laffont), Contes et nouvelles du terroir (Association Internationale des Écrivains Paysans), Quatre éclats de Meuse et autres nouvelles (Verviers, La Dérive : les Ardennes belges);

deux tendances sont à la traîne :

  • le fantastique : Délit de vagabondage, nouvelles de M. Debruxelles (Arras, Littera) et les titres de ces deux nouvellistes fantastiques importants de la seconde moitié du XXe siècle : Th. Owen (La Ténèbre, contes fantastiques, Bruxelles, Lefrancq), Cl. Seignolle (La Morsure de Satan, Phébus = un florilège) – on revient plutôt à une pratique courante au XXe siècle : le fantastique allégorique (on n’est pas loin de la fable; où règnent les fées, les mythes, où le monde humain côtoie un monde animalier, etc.) : J. Bousquet (La Source de vie, suivi de sept contes– « Il était une fois un oiseau de feu. », p.137), E. de Lestrade (Allégories, nouvelles), B. Richter (Nouvelles et contes);
  • la science-fiction : ?

1994 n’est pas non plus une bonne année pour :

  • la nouvelle policière : ses principaux pratiquants, Daeninckx, Fajardie, Villard, se tournant plus volontiers vers les quotidiens social ou actualisé, comme l’a fait avant eux J. Vautrin;
  • la nouvelle érotique : D. Emorine (Identités, nouvelles, L’Ancrier éditeur), M. Gray (Histoires à faire rougir, nouvelles érotiques, Québec, Guy St Jean), Fr. Rey (Nuits d’encre, Spengler), Troubles de femmes (ibid.) = des textes plats où les pires clichés se disputent la palme;
  • le rire, par contre, se porte bien (quelle chance !).  Qu’il s’agisse d’histoires amusantes : G. Baudouin (Contes à rebours, contes et nouvelles – « Mademoiselle Hortense avait l’orgasme jubilatoire. », p.7), J. Duchateau (Le Cordon de Saint-Antoine, nouvelle sans fin, Bibliothèque Oulipienne), J. Jouet (Le Point de vue de l’escargot, Le Verger éditeur, un recueil que l’on préférera à cet autre, illisible : Actes de la machine ronde, nouvelles, « L’Atelier Julliard »), Fr. Madec (Crocs … Niques villageoises, nouvelles humoristiques – « Et l’on se marre, et l’on se marre. »), W. Lewino (La Folle de Bagnolet : « – Allô, pourrais-je parler à la dame au petit chien ? – A qui ? De la part de qui ? – d’Anton Tchekhov. », p.173 – un recueil pourtant qui ne renoue pas avec la veine jubilatoire d’Une Femme par jour,nouvelles, 1978). Qu’il s’agisse d’humour noir avec J. Fulgence (La Loire prend sa source au mont Gerbier-de-Jong, nouvelles, « L’Atelier Julliard »), J. B. Pouy (Palmiers et crocodiles, nouvelles noires gardoises, éd. Clô), et surtout G. Kolebka (La Vie de pacha, nouvelles, « L’Atelier Julliard » : quel regard cruel sur la vieillesse !). Dans cette catégorie est à ranger une autre constante qui avait quelque peu disparu les années antérieures : la fantaisie littéraire (c’est-à-dire prendre pour cible, dans un anticonformisme réjouissant, des références culturelles, littéraires) : « La marquise sortit à cinq heures. Paul Valéry n’avait peut-être pas pensé qu’à l’heure du thé, elle pouvait prendre difficilement la poudre d’escampette car ses obligations nobiliaires exigeaient qu’à cette heure, elle fut présente au milieu des siens. Sortir à sept heures était peu vraisemblable compte tenu de la proximité du dîner.  En fait elle sortit vers quatorze heures trente… » (G. Baudouin, Contes à rebours, contes et nouvelles, p.250), Yorick ou les enfances d’HamletL’Absence d’Ulysse [de Joyce] (in C. Cahen, Le Frôleur, nouvelles), Un Ancêtre oublié de King KongQueen KongUn Petit Kong (in Dernières nouvelles de King Kong), et surtout J. Julaud, qui, dans Mort d’un kiosquier, récits (Critérion), imagine les « autres » vies de seize écrivains, de La Fontaine à Jean Rouaud : « Et si Maupassant avait sombré à vingt ans au large d’Etretat, emporté dans des flots par le poète anglais Swinburne qu’il tentait de sauver du désespoir de l’ivresse… Si Stendhal était mort pendant la retraite de Russie, en 1812, sans avoir rien écrit de tout ce qu’il nous a laissé. Si Voltaire …  Si Baudelaire … » (préface)

 

4. Qui sont ces nouvellistes de l’année 1994 ?

  • des nouvellistes par tempérament (Th. Owen, M. Villard) ou d’autres – c’est la bonne nouvelle de l’année – qui confirment : D. Daeninckx, J. Ch. Duchon-Doris, V. Engel, J. Fulgence, G. Kolebka, R. Millet, M. Pinero – avec les derniers recueils de N. Devaulx et de E. Roblès;
  • des nouveaux nouvellistes : J. D. Bredin, C. Cahen, Th. Lacoche, avec un recueil prometteur : A. Chalvin, J. N. Laclavetine, D. Mainard, P. Roze;
  • des nouvellistes qui se mettent à réécrire : J. L. Curtis (1956, 1969, 1976, 1988), J. Julaud (1983, 1984);
  • des nouvellistes qui ne confirment pas : J. Bens, ou qui ne parviennent pas à sortir de l’ombre : B. Beck (malgré un battage publicitaire et une présence, inexplicable, en poche), C. Delaunoy, J. Jouet;
  • et toujours ceux qui publient à compte d’auteur, en auto-édition (avec des tirages à cent exemplaires), avec … un bon de commande à la clé comme chez M. Leydier : « Vous avez aimé ce recueil de nouvelles ? [= Ici ou ailleurs, nouvelles] Pensez à vos amis ! C’est toujours l’anniversaire de quelqu’un ou Noël d’ici la fin de l’année ! »), tous titres qu’on ne déniche que dans les pages de la Bibliographie de France) : 113 sur 161 ! (chez les « grands » éditeurs, c’est la misère : 7 Julliard, 5 Gallimard, 2 Grasset, Denoël, Flammarion). Que le nombre élevé de recueils parus en un an (je rappelle que la majorité des textes québécois n’ont pas été répertoriés) ne fasse pas illusion …

 

5. la vie de la nouvelle en 1994, c’est encore :

  • des collectifs = 15 (chiffre normal par rapport aux années précédentes) sans qu’une tendance ne l’emporte (voir ci-dessus), avec plusieurs nés de concours : De fraîche date, nouvelles (15 textes sur 430 reçus dans le cadre de l’Année Nouvelle à Louvain-la-Neuve), Clin d’oeil à la nouvelle (dans le cadre du Festival de la Nouvelle de Saint-Quentin, avec en plus des textes de M. Pinero, A. Saumont, Ch. Baroche …), Prix du Jeune Ecrivain 1994 (Le Monde : 9 sur 585), Les Coupons de Magali et 13 autres nouvellesFunérailles d’un cochon et 13 autres nouvelles (Sépia, 15e, 16e concours mondial de la nouvelle de langue française);
  • une anthologie : J. Gratton, B. Le Juez, Modern French short fiction, Manchester University Press (6 noms du XIXe siècle : Mérimée, Balzac, Gautier, Daudet, Sand, Maupassant; 9 du XXe siècle : Colette, Yourcenar, Sartre, Aymé, Duras, Camus, Le Clézio, Lépront, Boulanger);
  • deux florilèges d’auteurs : Cl. Seignolle, M. Villard;
  • une parution posthume : La Fiancée rebelle et autres chroniques amoureuses (Nantes, Le Passeur) de A. Beucler (1898-1985);
  • des rééditions : A. Saumont (Si on les tuait ?, « L’Atelier Julliard » – 1e éd. non signalée : Luneau Lascot, 1984), Ch. Fr. Ramuz (Histoires, Neuchâtel, Ides et Calendes – 1e éd. : 1946);
  • des rééditions en poche : dont Les Grosses rêveuses, nouvelles (1982), Les Athlètes dans leur tête (1988) de P. Fournel in Points Roman – à signaler l’entrée de la nouvelle contemporaine dans Librio, le livre à 10 F, avec ces deux recueils de science-fiction de R. Belletto : Le Temps mort – 1 et 2 (1974, n°19, 37) et celui de Philippe Djian : Crocodiles (1989, n°10);
  • des revues qui poursuivent leur chemin : XYZ, la revue de la nouvelle (4 n°: « la revue de la nouvelle privilégie les nouvelles brèves (2500 mots maximum) », n°39), L’Encrier Renversé (2 n°: le n°25 donne une liste de concours de nouvelles : 159 !, 40 ayant disparu), Nouvelle Donne (2 n°, dont le n°4 avec une rencontre avec J. N. Blanc et son « roman par nouvelles »), Harfang, la revue de la nouvelle (2 n°, dont le 7, Spécial Nouvelles policières, avec en plus une interview de J. Ch. Duchon-Doris, le 8 avec une enquête de J. Glaziou sur le Goncourt et la vie de la nouvelle), Brèves, actualité de la nouvelle (4 n°, dont 2 consacrés à la nouvelle étrangère, dont le 46, avec un recensement de recueils de février à septembre : 124 étrangers pour … 71 français !), Nouvelles Nuits, la revue de la nouvelle policière (2 n°);
  • des ouvrages critiques : La Nouvelle, c’est l’urgenceRevue des Deux Mondes, juillet-août (avec des textes critiques de V. Engel, G. Pellerin, J. Ch. Duchon-Doris, …, des nouvelles de G. O. Châteaureynaud, D. Daeninckx, J. M. Laclavetine, R. Millet, A. Nadaud …), Dossier : La NouvelleLouvain, revue mensuelle, avril (5 textes critiques de V. Engel, G. Jacques, M. Guissard, G. Pellerin, R. Godenne) – on citera ici cette réflexion de H. Guibert, qui a su saisir en peu de mots tout ce qui fait le prix de la nouvelle : « Quand je lis Par la lucarne ou Chez notre chef Makhno [de I. Babel], récits de trois ou quatre pages, je me dis : à quoi bon en dire plus, tout est là. A partir d’une observation réaliste, il fait monter l’émotion, plus par l’agencement inhabituel des éléments narratifs, il me semble, que par le contenu lui-même des éléments, et quand le mystère de l’émotion submerge le lecteur, il coupe le récit, le tour est joué. » (Le Roman fantôme, p.130);
  • ces disparitions : P. Boulle, L. Calaferte, I. Hamoir, E. Ionesco, et l’arrêt du Festival Nova de la Nouvelle à Dijon.

 

6. Coups de coeur :

Publié dansLe liseur de nouvelles