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Le XIXe siècle

1. Van Tooren, Marjolein, Le Premier Zola. Naturalisme et manipulations dans les positions stratégiques des récits brefs d’Emile Zola, Amsterdam-Atlanta, Rodopi, 1998, 509p.

Pour la première fois, les quatre-vingts récits brefs de Zola (publiés dans des journaux, dans une revue russe même), dont il a regroupé certains en recueils (Contes à Ninon, 1864, Nouveaux contes à Ninon, 1874, Le Capitaine Burle, 1883, Naïs Micoulin, 1884), font l’objet d’une étude d’ensemble minutieuse. Avec comme point de départ un postulat (trop) théorique de Fr. Goyet (La Nouvelle, 1870-1925), selon, lequel « l’essentiel du code communicationnel sur lequel repose le récit bref du XIX° siècle serait l’entente préalable entre auteur, narrateur et lecteur. Ceux-ci formeraient un seul groupe partageant les mêmes valeurs et s’opposant en cela aux personnages. Le récit bref du siècle précédent serait donc par excellence un genre épidictique, ne nécessitant guère d’effort persuasif de la part de l’auteur pour créer cette bonne entente avec le lecteur. « (p.393) Marjolein van Tooren analyse longuement les procédés de Zola nouvelliste, les titres, les amorces, les clôtures (mais de nuancer – heureusement – le postulat de départ). Cette approche « rhétorique » atteste de manière définitive que les nouvelles de Zola sont loin d’être des textes mineurs, qu’ils sont en outre indissociables des Rougon-Macquart. Les trois appendices sont précieux : « Aperçu des études sur les contes et nouvelles de Zola (1905-1980) », « Résumés des récits brefs de Zola : corpus des titres, amorces et clôtures », « Tableau des topoï employés dans les récits brefs de Zola ».

2. Desbordes-Valmore, Marceline, Huit femmes, présentation de Marc Bertrand, Genève, Droz, 1999 « Textes Littéraires Français »

Il s’agit de la première réédition d’un recueil, publié en 1845, dont le seul exemplaire se trouve à la Bibliothèque Municipale de Douai (le recueil ne figure pas au catalogue de la BNF !). Nouvelliste, poétesse, Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) laisse ici un recueil de nouvelles sentimentales, qui ont pour cadres les Antilles, la Suède, l’Ecosse, Londres en particulier. Toutes racontent, longuement le plus souvent, les heurs et malheurs de destins de femme. On distinguera Katerina, une histoire dramatique qui tient de la légende (pour gagner la femme qu’il aime, un homme devient voleur, assassin ; mais, lorsqu’elle disparaît en mer au cours d’une tempête, il sera condamné à errer éternellement sur son bateau), L’Inconnue (de sa fenêtre, un homme est le témoin privilégié de la vie d’un couple, une vie de bonheur qui bascule dans la tragédie quand l’épouse meurt…). La nouvelle du XIX° siècle réserve toujours de bonnes surprises.

3. Loti, Pierre, Nouvelles et récits, textes réunis et présentés par Guy Dugas et Alain Quella-Villéger, Paris, Omnibus, 2000, 844p.

Le volume réunit un ensemble de cinquante-cinq textes, tirés de neuf recueils parus entre 1882-1917, répartis en quatre rubriques : « Nouvelles d’ici d’ailleurs » (16), « Souvenirs et récits intimes « (26), « Villes d’Occident et d’Orient » (11), « La Route des Indes » (12). Plus je découvre le texte court du XIX° siècle, plus je me rends compte qu’il vieillit bien, que, souvent, les auteurs, non seulement Maupassant, Mérimée, Gautier, mais aussi le plus grand nombre des autres, oubliés, méconnus, donneraient à nos contemporains une fameuse leçon d’efficacité narrative ou un leçon de sujet quand ils se laissent aller simplement à rapporter des choses vues. Les textes de Loti ne dérogent pas à la règle (Il est bien que soit remis à l’honneur des textes courts d’auteurs que l’on a toujours enfermés dans la seule image du romancier, comme encore ceux de J. Lorrain, J. Verne). L’amateur d’exotisme plongera dans ces reportages sur Constantinople en 1890, Kito, la ville sainte, Rangoon : les pagodes d’or. L’amateur de récits intimistes s’attachera au Château de la belle au bois dormant ([le château de l’auteur], à ces Photographies d’hier et d’aujourd’hui. Et le lecteur de nouvelles lira l’histoire étrange des Trois dames de la Kasbah, l’aventure dramatique, belle et grave, de La Chanson des vieux époux, du Mur d’en face, du Chagrin d’un vieux forçat, et ce portrait, très flaubertien, d’Un vieux.

4. El relato corto francès del siglo XIX y su recepcion en Espana, ed. Concepcion Palacios Bernal, Universidad de Murcia, 2003, 370p.

Ces études, onze en espagnol, cinq en français, de réception du genre bref du XIX° siècle, ont la particularité – remarquable – d’être consacrées surtout à des nouvellistes qui ont proprement disparu de la scène littéraire mais qui ont été traduits en espagnol : Gaston Danville (Contes d’au-delà, 1893), Paul Féval (Contes de Bretagne, 1844), Paul de Kock (Moeurs parisiennes, nouvelles, 1837-1839), François Coppée (fort présent dans la presse). Mais n’ont pas été oubliés Mérimée (« Mérimée lecteur de Cervantès ou l’héritage picaresque de la nouvelle »), Flaubert (« Du conte au théâtre : la translation du mythe biblique de Salomé de Flaubert à Oscar Wilde »), Balzac (« la ideologia de Balzac y el genero fantastico. La religion de Jésus-Christ en Flandre »), Barbey d’Aurevilly (« Amaïdée de Barbey d’Aurevilly, entre el relato breve y el poema en prosa »), Allais (« Travailler l’humour : contes et nouvelles d’Alphonse Allais »). Le volume propose encore une réflexion sur d’autres types de textes courts : la fable (Florian), le poème en prose (Lautréamont, Forneret et Nodier).

5. Léon Hennique, L’Affaire du Grand 7, Benjamin Roze, Poeuf et autres nouvelles, édition de René-Pierre Colion, Du Lérot, 2003, 247p.

Ce volume contient l’intégralité des nouvelles de Léon Hennique (1850-1935), le dernier survivant du groupe de Médan, président de l’Académie Goncourt (1907-1912), soit deux recueils : Benjamin Rozes (6 textes, 1898, 1906, 1920), Deux nouvelles (1881, dont Benjamin Rozes), L’Affaire du Grand 7, un des six textes des Soirées de Médan (1880) et trois textes parus seulement en revue ou dans la presse. Dans un souci de mieux saisir les thèmes et l’œuvre, les nouvelles ont été rangées sous trois rubriques : 1. La Guerre de 1870 et la Commune (deux histoires dramatiques, dont L’Affaire du Grand 7, ou le saccage d’un cabaret par une troupe de soldats ; une amusante : Un meuble de famille : un cercueil !). 2. Variations naturalistes (deux histoires dramatiques et cinq amusantes, dont Benjamin Rozes ou comment un médecin détruit la réputation d’un notaire de province en révélant qu’il a un vers solitaire). 3. Une enfance à La Guadeloupe (l’auteur y est né – trois textes) : en fait des souvenirs d’enfance non déguisés. Etablie par René-Pierre Colin, professeur à l’Université Lumière-Lyon II (membre de l’Unité de recherches, Littérature, idéologie, représentation, XVIII°-XIX° siècles), cette belle édition, pages non coupées à l’achat !, même si elle ne replace pas les nouvelles dans une histoire du genre au XIX° siècle, a le mérite d’attirer l’attention sur ces minores de la fin du siècle qui laissent le plus souvent des modèles d’efficacité narrative dans la pratique du récit court.

6. de Meyer, Bernard, Marcel Schwob, conteur de l’imaginaire, Berne, Lang, 2004, 174p.

Cette étude, achevée en 2002, aborde les six recueils de Marcel Schwob, dont l’importance dans une histoire du genre court au XIX° siècle n’est pas suffisamment reconnue (dire, p.19, « que le genre semblait s’essouffler en cette fin de siècle » ne reflète pas la production de cette période au vu des nombreux titres que je suis en train d’exhumer, mais il est vrai que l’histoire de la nouvelle au XIX° siècle reste à faire !). Sont passés en revue : Cœur double (1891), Le Roi au masque d’or(1892), œuvres caractérisées par le travail sur la langue, le style, avec une idée-clé : la symétrie, Mimes (1893), Le Livre de Monelle (1894), où le travail sur l’écriture se double d’un autre sur la notion d’ensemble, Vies imaginaires (1896), La Croisade des enfants (1896), où l’auteur s’adonne à un type de fiction qui lui est propre : la biographie imaginaire. Une mise au point utile.

7. Erckmann-Chatrian, au carrefour du fantastique, suivi de Histoires et contes fantastiques – sous la direction de Eric Lysoe, Presses Universitaires de Strasbourg, 2004, 378p.

Après les actes d’un colloque en 1996 consacré à Erckmann-Chatrian entre imagination, fantaisie et réalisme, voici les actes d’un second datant de 2002 dévolu au fantastique chez les deux écrivains alsaciens, romanciers et nouvellistes. Un fantastique qui a toujours été mal interprété, tant on s’est contenté de faire d’eux de pâles épigones d’Hoffmann. L’objet des douze articles de ce volume, enrichi d’un superbe cahier de six pages d’illustrations couleurs, organisés autour de quatre orientations (Du réalisme au fantastique, Entre philosophie et morale, Le Fantastique en question, Ouvertures internationales), est de montrer que c’est là une image des plus réductrices. Car leur fantastique est autrement plus personnel, plus complexe qu’on ne le croit : il se situe au confluent d’une influence allemande qui s’estompe au profit de l’exemple d’un Poe qui se précise ; il dépasse le cadre d‘une tradition romantique pour s’ouvrir à une réflexion sur l’homme au carrefour de la morale et de la philosophie, avec des échappées vers un certain exotisme : « Le Fantastique de la réalité chez Erckmann-Chatrian » (Auguste Dezalay) « La Voleuse d’enfants, conte fantastique d’Erchmann-Chatrian ? « (Isabelle Leclerc), « Du conte fantastique à la parabole » (Noëlle Benhamou) , « Hugues-le-loup d’Erckmann-Chatrian : vers un fantastique moderne ? « (Helga Abret), « Du monde, des rêves, des bêtes : La Reine des abeilles : un curieux récit « (Roger Bozzetto). Comme l’écrit Eric Lysoe : « Ainsi peut-être acceptera-t-on désormais de situer Erckmann-Chatrian à la croisée de tous les sortilèges : entre ombre et lumière, entre réalisme et magie, entre littérature populaire et supputation philosophique ; mais aussi entre Gaule et Germanie, dans une Alsace souvent imaginaire et fondamentalement intermédiaire, comme postée à la fois au cœur de l’Europe et à la porte du Levant. » (p.17) De valeur inégale (pourquoi faut-il subir ce jargon ? : « Quand la cataphore n’agit pas au niveau titrologique, elle s’impose rapidement comme un des rouages structurant/déstructurent, au niveau diégétique/métadiégétique. », p.206, note 24), les articles sont suivis d’une bibliographie des contes fantastiques et – précieux apport – d’une édition critique de la première œuvre de nos deux auteurs : Histoires et contes fantastiques (1849) – en fait trois histoires vraies et un poème ! : toute l’ambiguïté terminologique du XX° siècle est là, et on aurait aimé qu’on s’y attarde. Un grand regret dans un même ordre d’idées : qu’on ne découvre aucun article qui aurait replacé les textes courts de Erckmann-Chatrian dans la tradition, ou l’histoire, de la nouvelle, ou du conte fantastique au XIX° siècle.

8. Dumont, Bernard, Représentations spatiales et narratives dans les contes et nouvelles de Guy de Maupassant, Une rhétorique de l’espace géographique, Paris, Champion, 2005, 538p.

Fort de l’appui des plus récentes études des exégètes de Maupassant (on attend toujours une qui porterait sur la place de l’auteur dans une histoire du genre au XIX° siècle – voire une autre qui répondrait à cette question : pourquoi Maupassant est-il quasiment le seul nouvelliste que le grand public aime lire ?) et plusieurs essais de géographie, l’auteur démontre, par une analyse textuelle des plus serrées (mais souvent ardue) qui va au-delà de tout ce qui a été dit sur le sujet que l’espace géographique est une composante essentielle de la machine narrative et qu’il renvoie à des fantasmes de l’imaginaire de Maupassant. On aurait aimé, même si l’auteur se justifie, que le corpus ne soit pas limité à cinquante- six textes : il en reste encore deux cent-cinquante ! (et qu’en est-il des romans ?). Seule l’exhaustivité m’a toujours paru le seul garant de conclusions définitives.

9. Place-Vergnes, Floriane, Jeux pragmatiques dans les Contes et Nouvelles de Guy de Maupassant, Paris, Champion, 2005, 335p.

Sous le signe des ouvrages théoriques sur la nouvelle de D. Grojnowski ou de Fl. Goyet, des travaux de G. Genette, de Ph. Hamon, recourant souvent, à bon escient, à la critique anglo-saxonne du XIX° siècle « nouvellistique » (les textes sont traduits), l’auteur entreprend ici une étude de réception du lecteur de nouvelles de Maupassant. A partir de deux approches : l’une structurelle, qui aborde la problématique de trois procédés narratifs : le paratexte, le récit-cadre, la clôture ; l’autre thématique, qui fait apparaître une stratégie de « vraisemblablisation » ( ?) . L’intérêt d’une telle entreprise – l’auteur a eu la sagesse de ne pas s’attarder aux problèmes de terminologie qui plombent si souvent les écrits sur la nouvelle – réside plus, me semble-t-il, dans l’examen proprement dit des textes à la lumière du propos initial, l’analyse étant souvent éclairante, que les conclusions générales, qui sont plutôt sans grande surprise pour tout maupassantien et même pour tout lecteur : « La simplicité apparente des nouvelles maupassantiennes ne doit pas le faire oublier : tout dans le texte littéraire renvoie au lecteur. Tout écrit est message, partage, enseignement et ne saurait donc se comprendre sans référence aucun à un récepteur, à une multitude de récepteurs. » (p.282) Je ferai des réserves sur deux points – on n’entrera pas dans la polémique à propos de ces assertions de l’auteur venant en ligne droite d’une perspective critique moderne actuelle : « On le sait aujourd’hui, comparer la nouvelle au roman est un exercice aussi inepte qu’absurde », « Parler de la nouvelle en tant que « genre » ou « sous-genre ou »contre- genre » est donc relativement périlleux. » (p .35,26) Le corpus, maigre de 50 textes (sur un total de trois cents). Pourquoi est-il toujours si difficile pour les exégètes de Maupassant d’envisager l’ensemble des textes ? Je dirais en plus que le choix du corpus ne me paraît pas avoir été suffisamment justifié, d’autant qu’une place est accordée à l’analyse de trois romans : Une vie, Bel-Ami, Mont-Oriol. A force de refuser de replacer l’œuvre de Maupassant dans le contexte général de l’histoire de la nouvelle du XIX° siècle (c’est une constante chez les exégètes de Maupassant), on malmène la vérité. On ne peut pas dire que la production de nouvelles de 1850 à 1870 est inexistante (p.16, note 1) Les deux premiers répertoires de la nouvelles au XIX° siècle (1800-1899) que j’ai publiés en 1997 et en 2002 font apparaître l’existence de 87 titres (première estimation), textes signés A. Dumas (Nouvelles, 1850), Nerval (Les Filles du feu, 1854), Stendhal (Chroniques italiennes, 1855) , et encore Champfleury, J. Méry, E. Souvestre A. Karr…

10. Balzac, Nouvelles et contes I, 1820-1832, édition établie, présentée et annotée par Isabelle Tournier, Paris, Gallimard, 2005, 1962p. « Quarto Gallimard »

Ce premier volume (un second concernera les années 1831-1850) réunit 86 textes courts, dont des récits de jeunesse, des textes oubliés, des textes encore célèbres : El Verdugo, L’Elixir de longue vie, L’Auberge rouge, Une passion dans le désert, La Femme de trente ans et le Premier dixain des Cent contes drolatiques. Les textes s’articulent autour de quatre périodes : 1820-mars 1830 : les ateliers d’un clandestin (7 textes), janvier 1830-mars 1830 (5 textes) – avril 1830 : Scènes de la vie privée (6 textes) – avril 1830-septembre 1831 : Un « admirable kaléidoscope » (40 textes) – septembre 1831 – septembre 1832 : L’apothéose du contier (10 textes), Les Cent contes drolatiquesPremier dixain (10 textes), 8 textes. Le volume contient encore une vie et l’œuvre de Balzac (1799-1832) et l’histoire des textes. L’édition – une totale réussite dans sa composition et dans sa présentation – repose sur trois principes : la sélection a été la plus large possible (Balzac a peu parlé en théoricien du conte et de la nouvelle), le première édition a été retenue, qu’elle soit parue en recueil, en collectif, en revue, en journal, les textes sont toujours donnés dans l’ordre chronologique. Le propos de Isabelle Tournier est de rendre justice à tous ces textes que Balzac n’a pas fait entrer dans son grand regroupement de La Comédie humaine (éd. Furne, 1842-1846) : « La mémoire de ces textes, cachés derrière La Comédie humaine, s’était estompée ou égarée. C’est elle que nous avons voulu exhumer et reconstituer, pour retrouver, dans le moment et le mouvement même de leur rencontre avec leurs premiers lecteurs, toutes ces œuvres brèves réimprimées dans leur état premier, quelles que soient leurs réécritures ultérieures, et sous leurs premiers titres, quelles que soient les dénominations nouvelles que Balzac leur a imposées par la suite. Tel est le projet de ces deux volumes : rendre au public ces textes, dont beaucoup attendent leur retour depuis plus de cent cinquante ans. » (p.10)

11. Boutet, Frédéric, Contes dans la nuit, préface, chronologie et annexes par Jean de Palacio, Milan, Cisalpino, Istituto Editoriale Universitario, 2006, 266p.

Il s’agit du premier volume de la « Bibliothèque de la décadence », née à l’initiative du Département de français de l’Université de Milan, destinée à remplacer la défunte « Bibliothèque décadente » des éditions Séguier et dont le maître -d’œuvres reste Jean de Palacio. Les Contes dans la nuit (1898), recueil de treize textes, est la première œuvre de Frédéric Boutet (1874-1941) – une œuvre manquante à la Bibliothèque Nationale de France (on n’en sait pas plus), traduite en allemand en 1909 par Hanns Heinz Ewers et qui n’avait plus été rééditée depuis 1903). Journaliste, auteur de plusieurs recueils (Drames baroques et mélancoliques, 1899, Les Victimes grimaçantes, 1900, L’Homme sauvage et Julius Pinguoin, 1902), Boutet se place dans la lignée des nouvellistes, remarquables, de l’étrange qui ont rayonné à la fin du XIX° siècle (Villiers de l’Isle-Adam, Marcel Schwob, Charles Buet, Jean Lorrain…). Avec des histoires qui fantastiques, qui singulières, qui symboliques, marquées du sceau de l’érotisme, placées –sous le signe de la mort, articulées autour de ces deux thèmes : le masque, le dédoublement. Mais contrairement à ses contemporains, Boutet est moins un conteur qu’un poète en prose : « Et, la première nuit du solstice, la neige fut souveraine partout. La neige, mystique et mortuaire, d’un vol doux et tournoyant glissant du ciel en augmentant toujours, montait frissonnante, lumineuse et muette sur la terre froide des campagnes sans bornes. Le long de la route indécise, hérissée de mornes pins coniques – le long de la route le cavalier persévérait en sa marche. (p.31)

12. Nouvelles françaises du dix-neuvième siècle, anthologie, textes établis, annotés et présentés par Allan H. Pasco, Rookwood Press, Charlottesville, 2006, 487p.

Cette entreprise (dix-sept noms retenus, vingt-six textes cités, avec le parti-pris, réducteur, de ne retenir que de longues nouvelles) dont j’aurais aimé saluer l’idée me laisse plutôt consterné. D’une part, c’est l’introduction à un volume publié en 2006 qui est la reprise à peine modifiée de pages écrites en …1991 ! Pardonnerait-on à un étudiant une telle faute de méthodologie ? La recherche sur la nouvelle depuis quinze ans méritait mieux. D’autre part, ce sont certains choix qui me laissent perplexes : pourquoi la présence de deux textes du XVIII° siècle (de Mme de Staël, de Vivant Denon) ? pourquoi des seconds plans comme Marceline Desbores-Valmore, Rachilde au lieu de ces nouvellistes majeurs que sont Alphonse Daudet, Léon Bloy, Octave Mirbeau, Jean Richepin par exemple ? En fin de compte, cette anthologie ne nous apprend rien de l’histoire approfondie de la nouvelle du XIX° siècle.

13. Marceline Desbordes-Valmore, Les Veillées des Antilles, présentation de Aimée Boutin, Paris, l’Harmattan, 2006, 221p.

Si Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) resta longtemps une figure connue au XIX° siècle c’est au seul de titre de poétesse. Pourtant elle fut aussi romancière et nouvelliste. Après la réédition en 1999 du recueil Huit femmes (1845), voici, à l’initiative de Aimée Boutin, professeur à l’Université de Floride, la réédition, très soignée, de sa première œuvre : Les Veillées des Antilles, Paris, Louis, 1821, 2 vol. (248p., 236p.). Le recueil est composé de quatre histoires sentimentales (Marie, Lucette, Sarah, Adrienne), dont deux seront reprises dans Huit femmes. Contrairement à ce que laisserait penser le titre général, les textes ne sont pas insérés dans un cadre narratif. Ce sont des histoires sentimentales (« …l’amour gémissait au fond de son cœur », « …le temps était malade, comme le cœur de Lucette. », p.34, 43), dont deux plutôt longues (au-delà des cent pages), toutes écrites sous le signe des pastorales de Florian : intéressant état de la nouvelle du début du XIX° siècle qui s’inscrit dans une tradition ancienne (« Un seul des récits qui composent cet ouvrage avait déjà été publié ; en y joignant d’autres nouvelles, j’ai pensé qu’il convenait d’adopter un titre qui leur fut commun à toutes…, I, Avertissement), avant l’apparition des textes de Dumas, de Mérimée, de Nodier…, premiers signes d’une nouvelle moderne.

Il ne faudrait pas exagérer la portée anticolonialiste de l’œuvre : l’auteur n’a séjourné que quelques mois aux Antilles et à l’âge de quinze ans, la mode dans les années 1820 était à une littérature antiesclavagiste, et l’action de deux histoires se passe en France : en Provence, dans les Pyrénées.

14. Balzac, Nouvelles et contes II, 1832-1850, édition établie, présentée et annotée par Isabelle Tournier, Paris, Gallimard, 2006, 1872p. « Quarto »

Ce fort volume constitue le second volet de l’intégrale des textes courts de Balzac (le premier est paru en 2005). Soit l’ensemble de 75 textes (ce qui porte le total général à 161), envisagé en trois temps : I. Octobre 1832-1838. Le Temps des études (41 textes), II. 1839-1841. Une seconde jeunesse ? (13 textes), III. 1842-1850. Derrière le rideau de la Comédie Humaine (17 textes – en 1846 paraît le dernier texte : Une prédiction). Avec comme grand enseignement qu’à partir des années 1833 l’auteur se tourne de moins en moins vers la forme courte, dont la terminologie est toujours aussi floue : le romancier a fait place au « contier » selon les mots de l’auteur lui-même (au contraire, par exemple d’un Alexandre Dumas, dont les textes courts n’ont cessé d’accompagner les romans). Ce second volet est à nouveau un modèle d’édition : réunissant, sous leur première forme – avec cette particularité que les textes sont souvent plus étendus – textes connus (L’Illustre Gaudissart, La Grande Bretèche, La Maison Nucingen…), ou non (Aventures administratives d’une idée heureuse, L’Epicier, Monographie du rentier…), les deuxième et troisième parties des Contes drolatiques, textes interrompus puis repris en roman, textes parus dans des collectifs comme Les Français peints par eux-mêmes, les Scènes de la vie familière et publique des animaux (avec les belles illustrations de l’époque), en revues, dans des journaux, tout cela suivi d’une vie et œuvre de Balzac. A l’heure où les mauvais éditeurs se contentent de publier, par exemple, pour la nième fois les Nouvelles et Contes d’un Maupassant, il est bien que tout un pan trop négligé de l’histoire de la nouvelle du XIX° siècle soit ouvert à la curiosité des amateurs de découvertes. Car comme l’écrit Isabelle Tournier, il s’agit ici d’un Balzac à lire plus qu’à relire.

Publié dansLes parutions sur la nouvelle à partir de 1995