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Christian Congiu

J’ai rarement côtoyé quelqu’un d’aussi hanté par la nouvelle que Christian Congiu. Quelqu’un d’aussi malheureux surtout, parce que, après tant d’années d’écriture, il n’a pas encore acquis le moindre statut de nouvelliste. Ses textes paraissent régulièrement en revue; il en a dirigé une de 1985 à 1991; il participe à de nombreux jurys de concours de nouvelles; il a fondé, la belle idée, le premier mensuel de la nouvelle (en octobre 1991, devenu trimestriel en 1994 : l’entreprise était périlleuse); néanmoins il n’a toujours pas réussi à être publié chez un éditeur digne de ce nom (comptons pour peu, hélas pour lui, sa collaboration avec Ph. Epaud, voir plus loin). D’un tempérament passionné, excessif (il s’arroge le droit – puéril – de maître à penser), en rage contre beaucoup (il s’estime persécuté par le monde parisien de l’édition), parfois maladroit (invité à un de mes cours à Paris III, il s’est même disputé avec une de mes bonnes étudiantes), il n’est pas loin d’être un cas tragique. C’est qu’il n’a pas encore compris (mais comprendra-t-il un jour ?) que pour attaquer un système il faut d’abord entrer dans ce système. Et pourtant j’aime bien Christian Congiu.  Ses colères, ses indignations sont vraies; son rôle de promoteur de la nouvelle n’est pas négligeable; ses textes, de qualité, mériteraient d’être publiés dans de bonnes maisons, et ce en lieu et place de tant de mauvais titres qui paradent dans les principaux catalogues actuels. Cela fait tellement d’années que j’assiste, impuissant, à ce mauvais drame, et j’en viens à me dire que la nouvelle est une croix lourde à porter… Depuis, il me bat froid, lassé sans doute de mes attaques contre ce ghetto où il s’est enfermé.

Publié dansSouvenirs d'un liseur de nouvelles